Armes du Wudang

L'arcane Bâton du tarot
L'arcane Épée du tarot

Le bâton & l’épée

La SYMBOLIQUE

Dans toutes les traditions, on retrouve une correspondance entre les armes et les éléments qui représentent la Nature : Terre, Air, Eau, Feu.

La fronde est généralement associée à l’élément Air, la lance à la Terre, l’épée au Feu et le trident à l’Eau. On retrouve pourtant ces couplages inversés dans le Tarot de Marseille qui associe le bâton au Feu et l’épée à l’Air, la coupe symbolisant l’Eau et le Denier la Terre.

En Chine, ces éléments sont au nombre de cinq et représentent les qualités des cinq saisons, associées à de nombreux attributs : aux 5 directions, à certains animaux, à des sons, aux saveurs, aux organes et à leurs fonctions, et aux armes.

Les Cinq Armes fondamentales se répartissent donc de la manière suivante :

  • La grande hallebarde (Guandao) correspond au Bois, au Printemps, à l’Est et au Tigre. Cette arme lourde est censée renforcer les tendons et l’énergie du foie,
  • L’épée droite à double tranchant (Jian) correspond au Feu, au Sud et au phénix rouge. Son maniement exige de la rapidité et va favoriser le travail de la circulation sanguine en renforçant l’énergie du cœur,
  • Le bâton long (Gun) correspond à la Terre, à la cinquième saison, au Centre et à l’Ours. On lui attribue une fonction équilibrante, régulatrice qui va servir le renforcement de l’énergie de la rate,
  • Le sabre à un tranchant (Dao) correspond au Métal, à l’automne, au Héron. Il favorise le travail du souffle et renforce les poumons,
  • La lance (Jiang) correspond à l’Eau, à l’hiver, au Singe ou au Serpent Le travail subtil, interne qu’exige son maniement fait appel aux tissus profonds des os et des articulations. IL contribue à renforcer l’ énergie des reins.
Les 5 éléments et les 5 armes fondamentales

Les 5 éléments et les 5 armes fondamentales

Cette correspondance avec les Cinq Mouvements de l’Energie (WU XING JIA) datant du douzième siècle et mise en place par le Maître Pai Yu Feng, Patriarche du Temple de Shaolin dans le Hunan, demeure la plus connue et la plus utilisée.

Certaines écoles préfèrent pourtant classer le bâton dans l’élément Bois, le sabre dans l’élément métal, la lance dans l’élément Feu, et l’épée dans l’élément Eau… tandis que le poing (Quan) représente la Terre.

On retrouve dans cette dernière association une énergie commune à d’autres traditions pour lesquelles le bâton et l’épée symbolisent le corps et l’esprit.

LE CORPS ET L’ESPRIT :

Le Bâton symbolise une puissance vitale, une énergie créatrice, un jaillissement, à l’instar du jeune bois dont la sève impétieuse s’érige au printemps. Il relie l’homme au ciel et à la terre, et sa pratique développe l’esprit de décision. Symbole de la puissance et de l’équilibre, le bâton sert à faire travailler son corps.

Quant à l’épée, elle représente l’Initiation, le combat et le dépassement d’une épreuve, une intelligence ou une conscience aiguisée, une puissance maîtrisée par le travail sur soi, comme la graine qui au sein de l’hiver prépare le renouveau, réunit tous les éléments de transformation…

Catherine Bousquet a fait actuellement le choix de ces deux armes dans sa pratique personnelle dont elle propose d’initier les étudiants de Terre d’Asie à leur maniement très complémentaire.

LA PUISSANCE DE L’ACTION :

Les armes en général relèvent de la dualité. L’arme symbolise d’abord la puissance de la Volonté dirigée vers un objectif. Elle est la puissance de l’action, bénéfique ou maléfique, tyrannique ou libératrice…

Sur le plan spirituel, les armes correspondent à des vertus et à des pouvoirs intérieurs… La force de l’Esprit se consacre à la lutte contre le chaos pour l’Équilibre universel.

Tapisserie de l'Apocalypse
Cavaliers de l'Apocalypse

Le texte de l’Apocalypse présente l’épée à double tranchant sortant de la bouche du Verbe, qui symbolise l’Action (gauche). Iconographie représentant l’épée devenue le symbole de la Justice associée au symbolisme de la Balance (droite).

Guerrier avec bâton Les armes chinoise sont considérées comme le prolongement des mains. L’arme au « sens martial » peut ôter la vie mais aussi la protéger.

« Faire un » ou « faire corps » avec son arme est l’objectif recherché au-delà de la technique. Le pratiquant doit apprendre à respecter son arme et travailler avec elle comme avec une partie de lui-même.

Pour l’alchimie chinoise, la symbolique renvoie à l’union des principes Essence et Souffle. Elle engendre l’idée de retour à l’état édénique et l’obtention de l’immortalité…

L'alchimie taoïste

La pilule d’immortalité NEIDAN fruit de l’alchimie interne, ou WEIDAN, obtenue par l’addition de différentes substances naturelles fait partie des quêtes mystiques et pragmatiques taoïstes.

CLASSIFICATION historique :

En Chine, la dynastie Ming (1368-1644) représente la période d’or de l’armurerie chinoise où les armes furent classées en catégories et soumises à des règles de distinction.

L’épée droite à double tranchant (Jian) était réservée aux nobles dignitaires impériaux et aux officiers de haut rang.

Le bâton (Gun), symbole de l’autorité et de la justice ne pouvait être porté, dans les circonstances officielles, que par les magistrats (bâtonniers) et officiers de police.

De même que les armes « nobles » (lance, hallebarde, arc, sabre) étant réservées à certaines catégories sociales, les autres catégories eurent recours à la libre création de tout un arsenal.

Paysan armé d'une pelle Les religieux utilisaient divers instruments de culte comme la pelle servant à creuser les tombes, le bâton, le sceptre représentant les mains du Bouddha, le maillet, les anneaux de prière

Quant aux paysans, ils adaptèrent leurs instruments de travail comme le râteau, la fourche, les plantoirs, la faucille… pour en faire des armes à part entière.

LES DIX HUIT ARMES PRINCIPALES (DA BING QI) :

Leur classification la plus classique fait référence aux dix-huit disciples Lohan (signifie l’être réalisé, ou Araht en sanskrit) du Bouddha du Monastère de Shaolin :

Les armes principales
  • Le bâton d’arme GUN,
  • L’épée droite à double tranchant JIAN,
  • Le sabre courbe à un tranchant DADAO,
  • Le fouet d’arme BIAN,
  • Le fléau d’arme LIAN,
  • Le croc de guerre WO,
  • La hache d’arme DAFU,
  • La lance à fer et pointe YUE,
  • La lance courte GE,
  • La hallebarde en croissant de lune JI,
  • Le bouclier d’osier ou targe BAI,
  • L’épieu avec fer ou simple lance JIANG,
  • Le trident d’arme BA,
  • L’épée à lame ondulée SHI,
  • Le sabre à deux mains JIANDAO,
  • Le couperet CHAN MA DAO,
  • La faucille de guerre BAI PI,
  • La demi hallebarde YI YA DAO.

PRÉSENTATION des ARMES enseignées à Terre d’Asie

La pratique des armes doit prolonger la pratique à mains nues et permettre au geste de s’affiner en précision.

Pour manier une arme, il est souhaitable, pour ne pas dire nécessaire, de posséder la technique à mains nues ainsi qu’une bonne condition physique, sachant que l’arme est un outil qui va tonifier les muscles et les tendons en profondeur.

Néanmoins, l’apprentissage des armes peut être compris comme un moyen pédagogique permettant la concentration, la précision, la décontraction afin de sensibiliser le pratiquant débutant aux principes des arts internes et l’amener à mieux acquérir la technique.

L’épée est la reine des armes courtes. Son maniement exige une grande précision, une coordination exemplaire issue de tous les principes maîtrisés sur l’art de mobiliser l’énergie interne.

Le bâton demeure l’arme fondamentale de l’arsenal chinois classique. Les Chinois nomment le bâton « mère de toutes les armes ».

LE BÂTON :

Lao Tseu On suppose que les premières armes seraient de simples branches épointées, ce qui explique que le bâton, Gun, soit appelé « mère de toutes les armes ».

Le bâton est encore de nos jours dévoué à cette attribution en tant que passage pratiquement obligé du travail à main nue vers les armes.

Autrement dit, il est l’outil d’initiation aux autres armes.

On retrouve des pratiques « martiales » liées au bâton dans tous les pays du monde dans leur sens le plus noble comme le plus populaire.

À la fois arme, outil, instrument et symbole de pouvoir il est l’un des plus anciens attributs humains, omniprésent de la base au sommet de toutes les catégories sociales, depuis le bâton du simple moine, du berger ou du paysan, jusqu’au Batonnier de Justice, le sceptre royal et la crosse papale.

Parmi les armes traditionnelles, il existe pour chacune une autre arme pour la contrer. Seul le bâton ne peut être bloqué par une autre arme grâce à son corps lisse et ses bouts nus.

Les compétences acquises de cette arme servent de base sous-jacente pour toutes les autres armes : la coordination et la production de puissance sont parmi d’autres, les qualités fondamentales du bâton.

Bâton bambou

Un peu d’Histoire :

Bâton Shaolin L’utlisation du bâton long dans la pratique des Arts Martiaux remonte aux moines guerriers Lohan des temples de SHAOLIN, qui apportaient une attention particulière à son étude.

Le bâton a néanmoins une place fondamentale dans les arts taoïstes internes :

Il fut très prisé par les initiés du Tao qui représentaient Laozi (Lao Tseu) avec un bâton en forme de dragon. Il est donc toujours étudié tant dans les arts « Externes » ou « durs » issus de Shaolin que dans les Arts « Internes » ou « souples » comme le Taiji Quan.

Lao Tseu sur le chemin Très tôt dans l’histoire, sous l’influence chinoise, l’Art du Bâton se répandit dans tout l’Extrême-Orient… Au Japon mais également au Vietnam, en Corée, en Thaïlande, en Inde.

Technique :

Son maniement repose sur cinq mouvements de base :

  • frapper,
  • piquer,
  • contrer,
  • manipuler,
  • bloquer.

De nombreuses autres techniques découlent de celles-ci, notamment rebondir (tán), tourner (zhuǎn), crocheter (gōu), percer (chuān), et fendre (ke).

La forme interne du bâton contient l’essence du XING YI QUAN. On y retrouve alors toutes les combinaisons liées aux 5 éléments :

  • Eau : esquive,
  • Bois : saisir et projeter,
  • Feu : avancer et frapper,
  • Terre : demeurer sur place, correspond le blocage,
  • Métal : esquive vers l’extérieur.
Les cinq animaux
Démonstration de Bâton du Wudang par Catherine Bousquet
Pratique du bâton avec Maître Chen Li Sheng au Wudang
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L’ÉPÉE :

Légendes et symbolique :

Lu Dongbin L’origine de l’épée remonte à l’un des huit immortels, LÜ DONG BIN (né en 796), de la dynastie TANG. Poète prolifique, il est l’un des premiers maîtres de la tradition du Neidan, ou alchimie interne, souvent représenté habillé avec la tenue des érudits, et portant dans le dos une épée prompte à chasser tous les démons de l’Univers.

La légende rapporte qu’un jour, se trouvant face à un grand serpent agressif, Lü Dong Bin réussit à le convaincre d’entrer dans sa manche. Le serpent se transforma en épée à l’énergie jaillissante.

La symbolique de l'épée La symbolique, en termes d’énergie, ou Qi, peut être la suivante : le Qi passe depuis le corps à l’intérieur du bras, puis dans le cercle formé par le pouce en contact avec l’index (hu kou, ou la gueule du Tigre) avant d’ être projetée par l’épée.

L’épée devient alors le prolongement du bras, la continuité de la force « Jing » du pratiquant.

C’est pourtant dans la petite cité de « Longquan » dans la province du Zhejiang que le premier maître forgeron « Ou Yezi » fabriqua cette épée légendaire il y a plus de 2300 ans.

Restons dans la légende avec XUANWU, le guerrier « mystérieux ou véritable », qui est en Chine une divinité très populaire.

Xuanwu L’empereur Yongle, de la dynastie des MING accorda sa faveur à Xuanwu, ou Zhenwudadi. Il était en effet naturel qu’une divinité taoïste dont le nom comportait le caractère wu, « militaire », soit introduite au palais. Yongle ordonna que des oratoires consacrés à Zhenwudadi soient installés dans les administrations. En 1412, il décida la construction par plus de 200 000 soldats, de temples sur le mont Wudang, qui était depuis les Yuan le centre de l’école taoïste Quanzhendao pour la moitié sud de la Chine.

Présenté comme le 82ème avatar de LAOZI, Xuanwu abandonna son droit au trône pour se consacrer à l’ascèse sur le mont Wudang et devint immortel.

Au ciel, il demeure au nord, à l’étoile polaire, centre d’où émane l’énergie primordiale distribuée dans les huit directions par la queue de la grande ourse, constellation reconnaissable entre toutes par la forme de casserole que composent ses sept plus brillantes étoiles.

La légende de Xuanwu nous touche particulièrement car l’épée bientôt enseignée à Terre d’Asie est l’épée QI XING JIAN, ou l’épée des sept étoiles étudiée au cœur du Mont WUDANG, le berceau des arts martiaux NEIJIA.

L’épée, le feu, l’eau et le dragon :

En Chine, l’épée assimilée au feu est attirée par l’eau. Dans la tradition chinoise, la trempe de l’épée correspond au mariage YIN et YANG, LI et K’AN, du Feu et de l’Eau. Les épées se précipiteraient d’elles-mêmes dans l’eau pour se transformer en dragons brillants…

On est tenté de faire le rapprochement avec l’annonciateur de l’Apocalypse d’où émerge l’épée, brillant comme le soleil, source de lumière : Il avait dans Sa main droite sept étoiles, de Sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants, Son apparence était comme le soleil lorsqu’il brille dans sa force.

Les cavaliers de l'apocalypse

Le maniement de l’épée :

La forme assez caractéristique de l’épée chinoise à bords parallèles remonte à la Dynastie SHANG (1766-1112 av. J-C.) mais c’est pendant la Dynastie des ZHOU (1121-256 av.J.C.) que le cuivre ou le bronze seront abandonnés au profit du fer.

Dans les applications martiales, il ne s’agit pas de trancher comme avec le sabre, mais de couper en effleurant, par touches rapides, le passage des principales artères se situant près des articulations… Ceci explique l’extrême précision qui est demandée aux étudiants dans l’apprentissage des Taos d’épées… L’épée enseigne la discipline, la patience, et la concentration.

L’épée des Sept étoiles, comme toutes les formes d’épée de Wudang, est imprégnée des trois grands styles internes Chinois. On y distingue, la stabilité des postures et la mobilité de la taille du Taiji Quan, les pas circulaires et subtils du Bagua Zhang, les déplacements rapides et linéaires du Xing Yi Quan.

Cette forme est caractérisée par des mouvements exercés avec l’épée très près du corps, où la taille dirige le geste dans la rondeur, et où s’associent dans une parfaite aisance et coopération l’épaule, le coude et le poignet qui épousent le déplacement des pieds pour parer à toutes les attaques dans les « huit directions » avec rapidité et précision.

Les huit fondamentaux forment la base du TAOLU (la forme déroulée) :

  • Dian : sortir du haut vers le bas,
  • Beng : ramener, relever,
  • Sao : couper devant,
  • Liao : tourner par le haut,
  • Gua : tourner vers le bas,
  • Jie Pi : tourner le poignet vers l’intérieur et sortir l’épée,
  • Ci : piquer droit,
  • Mo : effleurer (avec la taille).
Démonstration de l’épée des sept étoiles par Catherine Bousquet
Démonstration d’épée du Wudang avec Catherine Bousquet et les pratiquants de Terre d’Asie
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La pratique des armes a pris deux orientations de plus en plus nettes à Wudang Shan. L’une favorise la performance en faveur des démonstrations publiques. Plus acrobatique, elle s’éloigne de l’utilisation première qui était celle de se défendre et d’être d’une efficacité d’autant plus redoutable qu’elle utilise le travail interne.

À notre époque, le travail interne des armes traditionnelles est un moyen de retrouver et d’expérimenter une certaine authenticité et le réalisme du patrimoine ancestral des arts martiaux traditionnels chinois.

C’est dans l’interne que j’ai décidé d’approfondir la voie des armes auprès des maîtres du Wudang de la lignée de Wudang Pai.

Je dois à mes Maîtres l’enseignement des armes du Wudang :

  • À Maître Chen Li Sheng l’enseignement du bâton de Wudang,
  • À Maître Zhang Kunlin l’épée de Taiji,
  • À Maître Yuan Li Min l’épée de Wudang Qi Xing Jian.

Retrouvez les horaires et tarifs des cours sur la page de présentation générale des cours.

Catherine Bousquet octobre 25th, 2017